Riquet m’a tuer, un polar signé Yves Carchon

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Article N°22264

Riquet m’a tuer, un polar signé Yves Carchon

Ce roman est une très belle réussite...

Pour un toulousain, Riquet, c’est le canal du midi et le canal du midi, c’est l’arc de triomphe des Parisiens. Une relation émotionnelle. Le nom de Riquet est présent partout. Il est inhumé sous un pilier de la cathédrale saint Étienne. Je ne suis pas sûr que ça rende l’exercice moins périlleux pour l’auteur.
Pourtant, je me suis plongé tout entier dans les eaux vertes du canal, avec, il est vrai, une attente forte, sans trop bien savoir à quelle sauce j’allais être avalé par les eaux. Il n’y avait pas grand-chose à craindre. J’avais déjà fait connaissance avec la plume de l'auteur, à la lecture des vieux démons. Un polar à l’ancienne en smoking Smalto.
Un travail documentaire considérable en amont, un champ lexical particulièrement riche, une intrigue prenante, mitonnée aux petits oignons, la plume vive et des personnages attachants et vous avez du made in Carchon. Une écriture reconnaissable entre mille. Il n’est pas le seul dans ce cas là chez Cairn. J’en connais d’autres. Ils se reconnaîtront.
Une fois immergé, l’intrigue me fait faire un grand écart permanent, assez grisant du reste, un pied au temps de Riquet l’autre à notre époque. Soit dit en passant, je me suis régalé à prendre place dans cette machine à remonter le temps où Riquet se démenait pour réaliser son œuvre titanesque. Sa personnalité, son habileté politique, sa résolution à abattre des montagnes m’ont bluffé.
Concevoir un écheveau reliant une série de crimes perpétrés au 17° siècle, en pleine réalisation de l’ouvrage, avec une série de meurtres commis de nos jours, avec sur chaque cadavre, un symbole, qui correctement interprété, conduit à l'ultime victime, ça je dois dire, il fallait l’imaginer ! Ça aussi, c’est du made in Carchon.
Et pendant ce temps, quelle atmosphère ! La mort rode ! Elle pue ! Un instinct de mort primal, absolu, banalisé, presque diabolique, plane sur le canal. Tout ça va très mal se terminer. La mise en scène élaborée par le tueur est sophistiquée, bluffante de raffinement macabre ce qui contribue à rendre le climat poisseux, sombre, inquiétant. J’avoue que longtemps, je n’y voyais pas clair, me demandant où tout ça allait nous mener. L’auteur parvient avec brio à maintenir le suspens de la trame, ce qui la rend plus pesante encore.
Puis vient l’approche du dénouement. Là, je me suis pris un énorme coup de pied au derrière. L’intrigue accélère brutalement. C’est un overboost. J’ai eu l’impression de vivre la fin de ce livre comme si j’étais un spectateur au premier rang. Ce dénouement est parfaitement immersif. Baufort est éprouvant au possible.
Possédé par sa folie, il vit dans une dimension parallèle. Le pandémonium est son territoire. Cet homme est l’incarnation même du mal. Ses rituels macabres, sa jouissance à donner la mort à coups de gourdin, de hachoir, de crocs et de chaînes pour sublimer sa nécropole personnelle, sorte d’hommage à la mort esthétisée, glacent le sang.
La scène de la capture de Fragoni, les relents bestiaux de Baufort, m’ont secoué. Sur la fin, j’étais incapable de lâcher ma liseuse.
Pour ma part, je trouve que la fin de ce roman est à la limite du thriller conventionnel par son intensité.
Il n’y a rien à reprocher à la crédibilité des personnages. Dans ma carrière, c’est mon métier, j’en ai connu des lieutenants Xabata, écorchés vifs par un parcours personnel chaotique et usés jusqu’à la corde. On les appelle les Chibanis. Le métier est prenant, moralement éprouvant, mais pour rien au monde ils le quitteraient sur un coup de tête, parce que l’exaltation qu’il procure efface tout le reste.
Certains ont lâché prise, en apparence, comme Fragoni, mais leur décrochage n’est qu’administratif. Au fond d’eux, ils restent des flics parce que l’exaltation de la traque criminelle est une drogue particulièrement addictive. Ces gars là carburent à l’adrénaline.
J’ai beaucoup aimé le ton presque vintage de ce roman moins académique que les vieux démons, avec une touche d’humour désinvolte qui m’a maintes fois fait sourire, malgré la pesanteur du climat.
Je terminerai enfin par la légende de ce grand chien blanc qui veille sur l’œuvre de Riquet, sorte d’incarnation mystique d'une justice divine. J'ai adoré. Ceux qui ont lu mon livre comprendront.
Un énorme satisfecit à l’ami Watson. J’aime bien les chiens. Ils jouent un rôle dans mes écrits. Cet animal est à l’image de son maître. Le couple qu’ils forment est une plus-value, qui renforce le côté attachant des personnages.
Ce roman est une très belle réussite. Il m’a amené ailleurs, même si je suis sorti un peu essoré de la fin.

Alain ROUMAGNAC

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