A LA MÉMOIRE DE « L’AGENT VOYERS DU BOUT DE L’ALLÉE » MONSIEUR BREL, MON PÈRE ….

| Montauban | Témoignage | Actualité  Vu 15275 fois
Article N°19489

A LA MÉMOIRE DE « L’AGENT VOYERS DU BOUT DE L’ALLÉE » MONSIEUR BREL, MON PÈRE ….

Lorsque je vois, à la télé, notre pays bloqué par la neige ….. Les habitants perdus et hystériques …….. Je me tourne vers mon enfance et une foule de souvenirs m’envahit.

Brassac des années 60 où la neige s’installait en décembre et nous quittait difficilement au début du printemps …..
 
Brassac devenu le « royaume des « enfants aux nez rougis » qui prenaient possession des rues du village avec leurs luges de bois, leurs sacs de jute remplis de paille et leurs forteresses de neige prêtes à résister aux assauts de « ceux de l’école des sœurs » ou de « celle du diable », selon le camp. Des grappes de galopins, cartables sur le dos, prenant d’assaut le « pointatan » reconvertit pour l’occasion en chasse-neige et descendant de Lacaune, taxi improvisé qui nous déposait devant l’école.

Moi, mon grand plaisir, c’était lorsque mon Père, montait une « opération congères » et que, jeudi aidant, j’étais autorisée à y participer. Au lever du jour, toute l’équipe se retrouvait «au parc». Là, le « pointatan » équipé de sa lame attendait. Tout le matériel était déjà embarqué et la dizaine de Cantonniers, musette à l’épaule s’entassait dans la cabine ou à l’extérieur. Le périple pouvait commencer.

La lame dégageait la route, tout allait bien. Soudain, impossible de continuer, les premières congères étaient là …… L’équipe bien rodée prenait les choses en main, les pelles commençaient leur danse, bien en ligne et le camion avançait derrière. On les traitait de «feignants», ces Cantonniers ! Il fallait les voir attaquant et repoussant la neige sur des mètres et des mètres pour aller dégager un village, un hameau, une ferme isolée ….. Les congères passées ils s’arrêtaient et reprenaient leurs forces, appuyés sur leurs pelles, le paquet « de gris » sortait de la musette suivi du rouge et souvent du pain et du saucisson…..

Puis, la progression recommençait, dix fois, vingt fois, les pelles reprenaient leur travail jusqu’au moment où un « monstre » était devant nous …. C’était le moment que j’attendais. Les choses sérieuses commençaient. Monsieur Calas sortait le coffre du camion, il allait préparer son matériel.

A cette époque, un « chef Cantonnier » devait aussi être artificier …… Ses hommes commençaient à creuser un tunnel d’environ un mètre de long au centre de la congère souvent haute de plus de deux mètres et épaisse de parfois cinq ou six. Le tunnel finit, Monsieur Calas y entrait portant sa charge de dynamite, car c’est bien de cela qu’il s’agissait ……
 
Le camion reculait, les cantonniers se mettaient à l’abri derrière. Mon Père et Monsieur Houlès m’encadraient, car je voulais tout voir, tout entendre et surtout pas de dans le camion …… La charge posée, j’avais parfois le droit d’appuyer sur « le manche » ….. Et c’était « la fin du monde » …… Un bruit assourdissant, une pluie de neige qui après être montée dans le ciel, retombait partout autour ……

Mon plus beau « feu d’artifice » Il me semble encore entendre cette explosion, sentir cette odeur de poudre, toucher cette neige …….. Et sentir la main de mon Papa qui serait fort la mienne pour que je n’aie pas peur …….

Quelle joie, plus de montagne devant nous, le souffle avait tout balayé, ils se congratulaient, se tapaient sur l’épaule, rangeaient le matériel et la progression reprenait jusqu’à cette ferme perdue au « bout du monde » où la table se remplissait comme par magie de victuailles, de café et d’un «pousse ». Pour moi, la grand-mère préparait un lait au caramel, que c’était bon, ce sucre qui coulait au contact du tisonnier rougit ….. Bien réchauffés, nous repartions vers la nouvelle étape, la nouvelle congère et ceci jusqu’à la tombée de la nuit ……

Le lendemain, la neige était retombée et aidée par le vent, tout était à refaire ….. Ils recommençaient. Pendant tout un hiver, avec leurs pauvres « armes » et leurs bras ….

Mais, on circulait sur « les routes des Monts de Lacaune » …… Elles étaient dégagées et cela grâce à ces hommes, à ces Cantonniers dont les « boites à sueur » n’étaient pas une légende, mais bien pleines de toute celle qu’ils versaient ……

Ils rigoleraient bien aujourd’hui, les « Calas, Houlès, Jougla, Azaïs » et tous les autres, de voir ces voitures bloquées, ces routes enneigées malgré le matériel ultra-moderne » dont on dispose .....

Eux, ils avaient autre chose : L’envie de bien faire leur boulot et la satisfaction du « devoir accomplit » ….UNE AUTRE ÉPOQUE …..

Mireille Brel

  • 0
    • j'aime
    • Qui aime ça ? »
  • 0
    • je n'aime pas
    • Qui n'aime pas ça ? »
  •  
 

Réagissez, commentez !

  • Aucun commentaire pour l'instant