Il faut booster l’innovation en France

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Article N°18869

Il faut booster l’innovation en France


J’ai récemment rencontré Florian MERCIER, Conseiller Municipal dynamique à Toussieu et responsable développement SmartCity dans une grande entreprise d’ingénierie électrique, et nous avons discuté ensemble de l’intérêt qu’il faut porter à l’innovation territoriale et à la politique publique associée.

Olivier L. : Florian MERCIER, qu’est-ce que l’innovation ?

Florian M. : Sans en avoir l’air, voici une question bien compliquée !!! Comment définir, comment caractériser l’innovation ? Je vous répondrai que l’innovation est au cœur du développement de nos sociétés. Nous avons déjà beaucoup parlé ensemble du numérique, de son développement, de la révolution qu’il nous prépare, et du changement profond qu’il engendrera dans nos vies.
 
L’innovation, tout comme le développement du numérique, est une composante qui transforme nos territoires et permet à l’homme depuis toujours de s’adapter à son environnement et de progresser dans son confort, son intégration, son lien social, son humanité.
 
Dès lors que l’on ramène l’innovation à l’homme, je ne peux m’empêcher de revenir à la notion de l’usage. Tout comme le développement numérique, l’innovation n’est rien sans l’usage, au service des citoyens. Par exemple, la ville intelligente n’est rien si elle n’est pas citoyenne, car le numérique est au service du citoyen et non le contraire... C’est en tout cas la vision que nous prônons au sein de l’association La Ville Intelligente Citoyenne (LVIC) à laquelle j’adhère.

Il en est de même pour l’innovation : un développement, aussi intelligent et technique soit-il, ne vaut absolument rien s’il n’est pas citoyen et développé dans l’intérêt et le souci de l’usage qu’en auront les citoyens. Sans cela, ce n’est bon que pour le concours Lépine !

Je dis bien évidemment cela avec le plus profond respect envers le concours Lépine ! Seulement, je veux exprimer que l’innovation technique, en tant que telle et pour elle-même, ne prend pas sens. Je me rappelle d’une formation interne sur l’IoT dans mon entreprise l’an passé, où mes collègues parlaient tous avec enthousiasme des innovations techniques à venir et de la façon dont elles constitueraient nos offres de demain. J’étais intervenu et freiné un peu leur émoi en leur rappelant que la question de l’usage devait guider nos réflexions et enrichir nos offres de services dédiés aux citoyens et à leurs usages : l’innovation au service des citoyens, oui ; le contraire, c’est du délire d’ingénieurs.
 
Olivier L. : Mais alors, Florian Mercier, quelle politique devons-nous adopter pour favoriser l’innovation sur nos territoires ?

Florian M. : Pour moi, l’innovation ne se décrète pas : il ne suffit pas de se déclarer « entreprise innovante » pour l’être. En réalité, l’innovation doit être encouragée. Mais pour cela, il y a d’abord un changement culturel à opérer, au sein des sociétés.

Des sociétés, au sens « entreprises » tout d’abord. Certaines ont clairement la culture de l’innovation et ont construit leur histoire sur l’innovation.

C’est le cas de grands groupes français qui engagent des sommes considérables dans la recherche et le développement, tout comme c’est le cas de startups ou entreprises intermédiaires. Mais d’autres ont encore besoin de progresser sur ce sujet, et il faut les accompagner dans le changement.

Des sociétés, au sens « sociétal, culturel » également. L’homme est par nature hostile au changement : s’il a le choix entre le bouleversement ou la stabilité, la grande majorité choisira la stabilité. Si l’innovation correspond à un changement sociétal, il ne servira à rien de légiférer : il faudra traiter le point par un autre changement sociétal.

Pour l’innovation, c’est pareil : ça se pilote.
 
La France a besoin d’une politique ambitieuse en matière d’innovation. J’entendais récemment que nous sommes recul par rapport au nombre de brevets que nous déposons chaque année : par exemple, nous déposons quand même chaque année trois fois moins de brevets que nos voisins allemands !  Pour booster le dépôt de brevet, il faut booster la recherche et donc trouver des financements tant publics que privés. La politique à venir de l’État sera cruciale en la matière.

Olivier L. : Et comment peut-on booster l’innovation, alors, en France ?

Florian M. : Il n’y a malheureusement pas de secret : le nerf de la guerre, c’est l’investissement. Mais à mon sens, nous ne devons pas tout faire reposer sur l’investissement public. Pour moi, l’investissement dans l’innovation doit venir avant tout du capital : une entreprise doit pouvoir lever du capital. Mais pour cela, bien évidemment, il faut être convaincant, avoir bâti un modèle, et être innovant dans le service que l’on propose.

En effet, l’investissement privé a ses limites en ce sens où l’on met en face la mesure de la prise de risque et le potentiel du marché. Vous ne lèverez aucun fond privé si vous n’avez pas construit et présenté un modèle économique qui tient la route.

C’est là que l’investissement public prend tout son sens. Je prendrai en exemple le sujet de la mobilité électrique, sujet que je connais bien à travers mon engagement professionnel : à ce jour, le modèle économique n’a pas encore été trouvé. En effet, il est difficilement imaginable de financer de manière pérenne le déploiement d’infrastructures et des services utilisateurs associés uniquement sur la facturation d’un service de recharge, pour quelques euros, auprès d’un faible panel d’utilisateurs.

Sans le PIA (Programmes d’Investissements d’Avenir) sur la mobilité électrique, les collectivités et EPCI ont pu investir dans le déploiement massif de bornes de recharge et débloquer ainsi la situation de l’œuf et de la poule : sans bornes de recharges, pas de voitures électriques, et sans voitures électrique, pas d’usage et donc pas de bornes de recharges financées. Dans le cas présent, l’investissement public a joué son rôle de pompe d’amorçage, de catalyseur.

Aujourd’hui, on voit qu’en France la mobilité électrique se développe et on se rapproche chaque jour un peu plus du fameux modèle économique, Graal des opérateurs de mobilité.

Le rôle de la politique publique ne s’arrête pas là. Au-delà de l’investissement tel que je viens de l’évoquer, direct avec des Programmes d’Investissements d’Avenir ou indirect avec des dispositifs comme le Crédit Impôt Recherche dont j’enjoins le gouvernement de poursuivre et renforcer, il y a aussi l’accompagnement des mutations économiques et sociales que générera justement l’innovation.

Olivier L. : En synthèse, l’innovation représente un énorme enjeu pour notre pays

Florian M. : Vous avez tout à fait raison, cher Olivier. Il faut replacer l’innovation dans son écosystème. Ou plutôt, dans les multiples écosystèmes qui la concernent. L’innovation est le fruit d’une longue chaîne qui va de la recherche à la commercialisation d’un service.

Pour réussir la transformation de l’idée en service bénéfique, il faut travailler sur les usages et les marchés afférents, la technologie issue de la recherche, la mutation comportementale et la nécessité de donner un sens économique et commercial.

Il en va du développement de nos entreprises, du confort de nos concitoyens, de la pérennité de leurs emplois et de notre capacité à nous régénérer sur les territoires.


Olivier LUISETTI

Lien :http://www.lavilleintelligentecitoyenne.com/

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