ACTIONS ET INVESTISSEMENTS POUR LA CONSERVATION ET LA VALORISATION DU POTAGER DU ROI @potagerduroi
Ile-de-France
S'identifier
Changer de territoire
WebTvArticlesAnnuaire
| Paris | Education - formation | Divers  Vu 18770 fois
Article N°23369

ACTIONS ET INVESTISSEMENTS POUR LA CONSERVATION ET LA VALORISATION DU POTAGER DU ROI @potagerduroi

Après l’émotion suscitée par la parution, le 4 octobre dernier, d’un article à charge dans un grand quotidien national concernant La lente agonie du Potager du Roi à Versailles et face à la gravité des accusations, il apparaît urgent de rétablir les faits sur les actions menées par l’École nationale supérieure de paysage pour la conservation, la gestion et la valorisation de son site historique.
 

1/ Le Potager du Roi est dans un État de conservation critique 
VRAI
La construction du Potager du Roi a commencé en 1678 et s’est poursuivie jusqu’en 1683. Grandement restauré et réaménagé une première fois dans les années 1780 et une deuxième fois dans les années 1880, il n’a pas connu d’investissements soutenus pour assurer la restauration et la conservation des éléments structurants du jardin - ses murs, ses terrasses, ses voûtes et son réseau de drainage - depuis la fin du 19ème siècle.
L’École nationale supérieure d’horticulture a eu la responsabilité du site sur plus de 120 ans, de 1874, date de sa création, jusqu’à 1995, date de son déménagement à Angers et date de transfert de cette responsabilité à l’École nationale supérieure de paysage. Dès lors, face à l’état de dégradation visible du site, aggravé par la tempête de 1999, l’École nationale supérieure de paysage a sollicité l’Architecte en chef des Monuments historiques pour mener un ensemble d’études de diagnostic sur le site. Conduites jusqu’en 2017, elles révèlent un état critique tel que résumé ci-après.


1.1 Les murs, éléments architecturaux structurants du jardin
    • 15% du linéaire des murs présente un état extrêmement préoccu­pant nécessitant des interventions d’urgence : sur les 729 mètres inventoriés dans cette classe, 253 mètres, soit plus d’un tiers, concernent des portions de murs déjà effondrées ou partiellement effondrées.
    • 27% du linéaire, soit 1 341 mètres de façades de murs, est très fra­gilisé. Les dégradations sont de plusieurs natures – fissures, érosions, cloques, remontées d’humidité, lacunes de joints, lacunes de maçonneries, lacunes d’enduits, infiltrations … - et d’amplitudes variées.
    • Seuls 7% des murs présentent un état satis­faisant ne nécessitant pas de travaux dans les prochaines années. Il s’agit en général de murs restaurés par l’École nationale supérieure de paysage depuis moins de 20 ans. Il faut toutefois noter que certains murs restaurés récemment, notamment sur les crédits exceptionnels qui ont fait suite à la tempête de décembre 1999, néces­sitent aujourd’hui des reprises importantes, essentiellement au niveau des enduits. L’effort de restauration et de conservation est ainsi permanent sur l’ensemble des structures.

Ce que l’école a fait

OBTENIR ET CONSOLIDER LE SOUTIEN DU WMF

Le 16 octobre 2017, le World Monuments Fund a attiré l’attention de la communauté internationale sur une liste de 25 sites emblématiques du patrimoine culturel mondial, dont le Potager du Roi, présentant des perspectives de changements positifs et nécessitant, à cette fin, des investissements majeurs : c’est le programme de promotion World Monuments Watch.


L’accompagnement du WMF s’est matérialisé par l’annonce en juin 2018 d’un million de dollars répartis entre 8 des 25 sites initialement sélectionnés. Ces 8 sites ont été choisis sur la base des projets présentés par les sites à son principal mécène, American Express. Faisant partie des 8 sites sélectionnés, le Potager du Roi a bénéficié d’une généreuse dotation, qui permet aujourd’hui à l’École nationale supérieure de paysage de lancer les travaux de reconstruction de l’un des deux murs effondrés, mur situé entre les jardins Du Breuil et Legendre.

American Express a par ailleurs choisi de soutenir le développement de la politique des publics de l’établissement. Il apporte ainsi un soutien supplémentaire pour la création d’un outil de médiation original, ludique et spécifique au Potager, destiné aux publics scolaires du premier cycle, sous la forme d’une mallette pédagogique pouvant s’utiliser dans les écoles lors de la visite et sur le site. Une collaboration avec l’École du Louvre, dans le cadre du Master médiation, a déjà permis de préciser la dimension pédagogique de la mallette au regard des spécificités du site et des objectifs de l’Éducation nationale.

L’attachement du WMF au projet d’établissement de l’École nationale supérieure de paysage pour le Potager du Roi s’est confirmé en juin 2019 par l’annonce d’une dotation financière supplémentaire pour un montant équivalent à la première, grâce à un deuxième donateur du WMF. Les modalités précises de ce nouveau soutien sont en cours de discussion. L’affectation du don comprend un volet de restauration patrimoniale et un volet pédagogique.
 
METTRE EN ŒUVRE LE CONTRAT PLAN ÉTAT-RÉGION
En 2019, l’École nationale supérieure de paysage a obtenu la confirmation de l’affectation des crédits du programme 142 inscrits par sa tutelle, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, au Contrat plan État-Région 2015-2020 pour le Potager du Roi. Des travaux estimés à 1,5 millions d’euros pourront ainsi être lancés dès 2020 et concerneront principalement la Terrasse La Quintinie, la Terrasse Nord, qui lui fait face dans le Grand Carré, et une portion de mur extérieur donnant sur la rue du Maréchal Joffre. La signalétique du site fera également l’objet d’un traitement spécifique visant à améliorer la découverte autonome par les visiteurs.

1.2 Les armatures en fer forgé du Grand Carré

Le Grand Carré du Potager du Roi est divisé en seize carrés, chacun d’eux étant entouré de poiriers palissés en contre-espalier prenant appui sur les armatures en fer forgé installées au début du 19ème siècle (à noter qu’il n’y avait pas de contre-espaliers autour des seize carrés du Grand Carré sous La Quintinie). Quatre carrés ont cinq lignes d’armatures avec une ligne courbe qui épouse le bassin central.

L’état général de conservation des armatures en fer forgé est très détérioré. Nombreuses sont les armatures de palis trop fragiles pour permettre une replantation des arbres sans restauration préalable.

En effet, ces dernières n’ont pour la majorité pas été restaurées depuis la dernière grande replantation du Grand Carré à la suite de l’hiver 1879-1880. Pour certaines, la structure doit être entièrement remplacée - 1 poteau, 1 jambe de force, 1 lisse horizontale et 2 consoles cintrées - tandis que pour d’autres, une restauration des pièces existantes doit être effectuée telle que l’extraction de la rouille ou le redressement des éléments tordus. La reprise des niveaux des armatures à partir des fondations et plots de scellement au sol est une partie nécessaire de la restauration.

Ce que l’école a fait

Entre 2001 et 2003, pour 5 lignes droites, et entre 2008 et 2010, pour 10 lignes droites et 4 lignes courbes, l’École nationale supérieure de paysage a entrepris les premiers travaux de restauration et replantation
. Après une période d’essai de quatre ans sur deux lignes avec des pêchers, permettant de tester le comportement de cette espèce dans le Grand Carré et d’introduire une rotation pour baisser la pression des maladies et ravageurs, les lignes ont été replantées en poiriers. Pour l’essentiel, les arbres sont formés en palmettes Legendre selon la méthode décrite par Alphonse Du Breuil dans son Instruction élémentaire pour la conduite des arbres fruitiers (5e édition, 1863). Le choix des variétés est fait pour favoriser une bonne pollinisation et la production du site avec de la Williams Bon Chrétien (poire d’été), de la Duchesse d’Angoulême (poire d’automne) et de la Comtesse de Paris (poire d’hiver). La répartition de ces plantations dans le Grand Carré, selon leur période de maturité, permet de retrouver un rendu général tel qu’il figurait dans le plan publié en 1690 dans l’Instruction pour les jardins fruitiers et potagers de La Quintinie tout en conservant une structuration emblématique datant du 19ème siècle.


L’effort de restauration des armatures doit être poursuivi. 49 lignes doivent encore être remplacées sur les 68 que compte le Grand Carré selon un phasage pluriannuel. C’est dans cette perspective qu’a été lancé en juin 2018, par l’École nationale supérieure de paysage, le Cercle La Quintinie. Ce programme de soutien vise à mobiliser des acteurs économiques locaux engagés et partageant une même ambition : participer à la restauration et à la valorisation du Potager du Roi. Les cinq entreprises membres actuels du Cercle contribuent aujourd’hui au projet de restauration des armatures du Grand Carré.

1.3 Les voûtes et le réseau de drainage
Sur les 15 voûtes existant dans le jardin, des désordres importants ont été notés, notamment des infiltrations, qui déstabilisent les maçonneries, et des déformations dues aux mauvaises conditions de répartition des charges au-dessus des voûtes. Ces déformations ont des effets visibles notamment sur les murs de la Terrasse La Quintinie. Les nombreuses zones de stagnation de l’eau lors des épisodes pluvieux manifestent par ailleurs les problèmes d’évacuation du site. Le réseau sous-terrain des pierrées (écoulement en pierres destiné à pouvoir évacuer les eaux usées) s’avère ainsi fortement défectueux.
               
1.4 Les bâtiments classés du site, qui datent de la fin du 17ème siècle au début du 20ème siècle

Le Pavillon La Quintinie, La Figuerie, le Pavillon des Suisses, l’ancienne Forge, … requièrent d’importants travaux de rénovation sur le clos et couvert (toitures, façades, huisseries). Ces bâtiments ne peuvent être dissociés des jardins dans le cadre de la mission de conservation, gestion et valorisation du site, appréhendé dans sa globalité, par l’École nationale supérieure de paysage. Le réaménagement de leurs espaces intérieurs vise par ailleurs à améliorer les conditions d’accueil et l’expérience de visite des différents publics du site.

Ce que l’école a fait

Un ensemble de chantiers sur les bâtiments ont pu être menés à bien et achevés en 2019 par l’École nationale supérieure de paysage, avec le soutien du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et de ses partenaires, parmi lesquels :
 
  • la restauration de la façade du Pavillon La Quintinie, grâce au soutien direct de la Fondation du Patrimoine et à l’opération de financement participatif co-organisée entre l’ENSP et la Fondation qui a permis de récolter plus de 90 000 € ;
  • la réouverture du Pavillon des Suisses, ainsi que la première phase de remise en état du jardin Hardy et la réfection des garages techniques attenants, grâce au soutien de la Fondation Ville et Patrimoine : ces espaces ont ainsi pu accueillir les visiteurs et les animations de la première édition de la Biennale d’architecture et de paysage en Ile-de-France au printemps 2019 ;
  • la restauration des huisseries et le réaménagement d’un ensemble d’espaces intérieurs au sein du bâtiment de La Figuerie, travaux auxquels ont contribué la Fondation Total, la Fondation du Crédit Agricole Pays de France et le Crédit Agricole d’Ile-de-France Mécénat ;
  • la rénovation des façades du bâtiment Saint Louis, repère dans le jardin et la ville, et dont la réalisation a été primée au concours d’architecture et de rénovation organisé en 2018 par la ville de Versailles.

2/ La situation du patrimoine arboré ne fait que se dÉgrader depuis la création du jardin sous La Quintinie
FAUX
Le Potager du Roi présente aujourd’hui 3 768 arbres fruitiers soit environ une fois et demi à deux fois plus qu’à l’époque de La Quintinie (estimation allant de 1 800 et 2 500 arbres plantés en pleine terre à la fin du 17ème siècle hors figuiers plantés en pots). Il faut y ajouter les arbustes et autres plantes ligneuses, comestibles ou ornementales.
Les sources manquent pour donner des estimations chiffrées exactes, mais, au 17ème siècle, le jardin était dominé par des poiriers, des pêchers et des figuiers. Les pommiers étaient très minoritaires. Aujourd’hui, ce patrimoine est caractérisé par une diversité privilégiant les poires et les pommes (les poiriers représentent 60% des arbres fruitiers et les pom­miers 30%) et une cinquantaine de formes fruitières (réparties de la manière suivante : 57% d’arbres palissés en contre-espaliers, 30% d’arbres palissés en espaliers, 7% de cordons, 6% d’autres formes).
Le Potager du Roi a connu plusieurs transformations importantes au cours de l’histoire :
  • En nombre de sujets, le patrimoine arboré est de nos jours, comme rappelé ci-dessus, environ une fois et demi à deux fois supérieur à ce qu’il était à l’époque de La Quintinie, mais très inférieur de ce qu’il était à la fin du 19ème siècle et début du 20ème siècle (14 500 arbres fruitiers en 1910). Le gel de deux mois pendant l’hiver 1709-1710 a certainement fait perdre plus de la moitié des arbres fruitiers ainsi que le grand gel de 1879-1880 qui a fait perdre jusqu’à 80% des arbres selon les témoignages. L’histoire du jardin n’est pas linéaire.
 
  • En termes de variétés, Jean-Baptiste de La Quintinie proposait la culture d’environ 70 variétés de poires et seule­ment 7 variétés de pommes au Potager du Roi. En 1995, le jardin proposait seulement 32 variétés de poires et 39 de pommes, contre 565 variétés de pommes et 309 variétés de poires à la fin du 19ème et début du 20ème siècle, tandis qu’aujourd’hui environ 140 variétés de poires et 160 variétés de pommes sont représentées.
 
  • En proportion, la part de certaines formes a également évolué. La Quintinie ne donnait pas de noms aux formes fruitières autres que générales (« espalier » et « buisson »). Il ne souhaitait pas de « contre espalier » au Potager du Roi (voir commentaires ci-dessus sur les contre-espaliers et armatures en fer forgé du Grand Carré datant du 19ème siècle). L’explosion du nombre de formes fruitières portant des noms spécifiques est principalement un phénomène du milieu du 19ème siècle. Auguste Hardy, jardinier en chef du Potager du Roi à partir de 1848 et premier directeur de l’École nationale supérieure d’horticulture à partir de 1874, introduit massivement les cordons (cordon unilatéral, bilatéral, cordons superposés, …). Les formes complexes, souvent ornementales et de fantaisie, nécessitaient, et nécessiteraient toujours, la sélection de variétés et porte-greffes adaptés combinées à une main d’œuvre abondante et/ou l’utilisation de traitements phytosanitaires par pulvérisation.
Dans un petit guide du Potager publié dans les années 1970 par l’École nationale supérieure d’horticulture, M. Coutanceau, professeur, écrit : « Les formes actuellement employées ne correspondent pas à celles utilisées sous Louis XIV. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder les ouvrages de l’époque ou la reproduction photographique installée dans l’entrée de l’École. Aux 17ème et 18ème siècles, les espaliers étaient formés avec des branches charpentières obliques, souvent en forme d’éventail. La direction de ces ramifications était obtenue par fixation au mur au moyen de chiffons et de clous (palissage la loque). Les arbres plantés autour du Grand Carré étaient libres et taillés sévèrement presque comme des charmilles, […]. Les formes actuelles, qui datent du 19ème siècle, sont nées du développement de l’industrie de trèflerie qui a mis à la disposition des arboriculteurs le fil de fer, lequel, avec des supports en nombre réduit, permet d’installer les armatures. De cette invention du fil de fer dérivent les formes les plus utilisées : la palmette Verrier (palmette à branche verticale) et les cordons. Si l’invention du fil de fer a eu des conséquences heureuses sur l’esthétique (ce qui est discuté par certains), il n’est pas de même sur le plan biologique et sur la facilité de la conduite. Ces formes artificielles sont contraintes à la nature et nécessitent des tailles de correction très suivies pour empêcher l’arbre de reprendre ses tendances naturelles. Ces interventions sont coûteuses et demandent une main d’œuvre spécialisée. »

Ce que l’école a fait

LE JARDIN DUHAMEL DU MONCEAU

Rattaché au Potager du Roi en 1699 sous le nom de Clos de perches puis Clos aux asperges, ce jardin était prédestiné à l’accueil d’une aspergeraie. Il a acquis, dès la fin du 18ème siècle, une vocation pédagogique, qui perdure de nos jours. Sur une surface de 1,2 ha, il offre un espace de travail et d’étude généreux. Cette amplitude a permis, au cours de son histoire, d’accueillir une grande diversité de parcelles à vocations très variées. Le jardin Duhamel du Monceau regroupe aujourd’hui un Fruticetum, un pré-verger, la Rocaille, des pépinières, des fruitiers, ainsi que différentes formes de jardinage, dont notamment d’écoles primaires du quartier.

Projet général
Situé au sud/sud-est du Potager du Roi et de la bande dite des Onze, le jardin Duhamel du Monceau fait l'objet d'un vaste projet de restauration et de requalification programmé sur trois ans à partir de 2019. Rendu possible grâce au soutien d'un donateur privé, ce projet vise notamment à étendre le pré-verger, à y planter des arbres fruitiers de plein vent afin de développer la production de fruits à jus, et à améliorer l'accessible et la lisibilité du Fruticetum pour l’ensemble des publics du site. L’espace enherbé du pré-verger, plus généreux, sera destiné à accueillir un troupeau de brebis ou des oies. La clôture de cette pâture sera marquée par une haie basse plessée. La "pépinière" de la Rocaille sera déplacée en vis-à-vis de cette dernière. Une Noiseraie viendra accompagner la lisière du parc du Balbi. Le Fruticetum sera reconsidéré en adéquation avec les objectifs pédagogiques de l’établissement.

Histoire du lieu
L’origine de l’actuel jardin Duhamel du Monceau est peu connue. L’ouvrage de Jules Nanot et Charles Deloncle, Histoire et description de l’École nationale d’horticulture de Versailles : guide à l’usage des candidats, fait cependant mention de certaines indications datées aux 18ème et 19ème siècles. En 1710, une clôture partielle du Clos aux asperges est réalisée avec les pierres de démolition de certains murs de la Melonnière et du Jardin Biais. En 1767, un projet de construction du couvent de la Reine sur l’emplacement du Champ aux asperges menace le jardin mais celui-ci est finalement écarté. C’est en 1799 que le Clos aux asperges connaît sa première transformation : Antoine Richard, botaniste et jardinier de chef, est chargé de créer une pépinière nationale d’arbres fruitiers dans le Clos aux asperges et les Onze. Cette pépinière ne dure que seize ans, au terme duquel elle est arrachée. Il faut attendre 1875 pour que ce jardin retrouve de sa superbe avec Auguste Hardy, directeur de l’École nationale d’horticulture, qui affirme la vocation botanique de l’ancien Clos aux asperges. Dès lors, le jardin est partagé entre une collection de fleurs, une de légumes et une école de botanique présentant 1900 espèces végétales, plantes cultivées et « végétaux sauvages ». En 1889, 950 espèces ligneuses y sont recensées.

L’Arboretum
En 1924 est créé un arboretum par M. Pinel alors directeur de l’ENH. En 1972, Yves Dupont fait état d’un arboretum manquant d’intérêt esthétique et difficilement appréhendable par les élèves néophytes dans la connaissance des plantes en raison de la densité d’espèces et de variétés s’y trouvant. Un projet de requalification est envisagé mais il sera finalement abandonné. Face à la fragilité du peuplement, au manque de fréquentation et à l’ombrage important généré par les houppiers, un nouveau projet vise peu de temps avant la tempête de 1999 l’abattage de l’arboretum. Celle-ci a finalement raison de la collection. Un appel à projets sous forme d’exercice pédagogique à destination des étudiants de l’ENSP est lancé en 2002 pour la création d’une collection de fruitiers comestibles disposés selon une trame de verger de plein vent. Un an plus tard, une lisière arbustive et herbacée adossée au mur sud de séparation avec l’impasse Jules Ferry ainsi qu’une haie régulière expérimentale (banquette) marquant la séparation entre le jardin attaché au pavillon et le reste du Duhamel viennent accompagner ce Pré-verger.

Le Fruticetum
Dans les années 1950, une autre création voit le jour à l’est du jardin Duhamel du Monceau, le Fruticetum, à l’initiative de M. Bossard, professeur de la chaire de culture ornementale de l’ENSH. Ce jardin, établi dans un intérêt pédagogique, présente également une collection d’arbustes, à floraison et feuillage, ornementaux. Délimité par deux allées orientées nord-sud, la collection est répartie régulièrement en 27 planches parallèles orientées est-ouest. Mais le rapprochement des planches rend rapidement la lecture de l’ensemble peu aisée et le Fruticetum devient difficilement exploitable pour la pédagogie de l’ENSH. En 1972, il est envisagé une structure plus aérée par la suppression de certaines lignes mais ce projet n’a pas de suite. C’est en novembre 1999, à l’initiative du Département d’Écologie de l’ENSP, qu’une véritable rénovation du Fruticetum est amorcée. La collection est inventoriée et les planches sont conservées même si certains individus sont ponctuellement arrachés, déplacés, reformés ou restructurés selon différents critères : état sanitaire, vigueur, emplacement, concurrence vis-à-vis des individus voisins, simplification de l’entretien, intérêt de l’arbuste.

Compte-rendu des travaux 2019
Depuis le mois de mars, de nombreuses interventions ont eu lieu et la progression a surtout été marquée par des moments de chantier intégrant des étudiants de première année de l'École nationale supérieure de paysage, stagiaires au Potager du Roi, les jardiniers du site ainsi que des enseignants du département Écologie.

La clôture vétuste (piquets, grillage) de l'actuel pré-verger et les piquets de protection des arbres ont été retirés, tandis que le roncier a été fauché. Les tiges sarmenteuses, une fois coupées au croissant, ont été réparties en andains pour être broyées à plusieurs reprises au broyeur à fléaux. Le broyat haché finement permettra d'alimenter les paillages des parcelles des étudiants. L'ancienne bergerie a également été démantelée et le saule marsault à proximité émondé. Les sujets les moins vigoureux des arbres fruitiers utilisés par la formation continue pour la démonstration, situés au nord du pré-verger, ont été retirés car trop contraignants pour l'installation de la clôture du pré-verger.

Le pré-verger étant désormais simplifié et désencombré, l'installation de la clôture a pu être amorcée en commençant par les pieux aux extrémités et les pieux intermédiaires, renforcés par des jambes de force, sachant que certains sont destinés à supporter les portails de bois. Les fils de tension entre les pieux, sur lesquels accrocher le grillage, ont été installés début avril. Des crampillons ont été cloués sur chaque piquet intermédiaire et pieu. Le fil inférieur a été le plus difficile à installer car positionné au ras du sol. Une petite tranchée s'est avérée nécessaire pour faciliter son passage et la fixation du grillage fin avril.

Le 3 mai dernier sont arrivés les premiers moutons du berger Olivier Marcouyoux pour le pâturage.

Enfin, la première quinzaine de juillet, un paillage a pu être installé en prévision de la plantation de la haie (jeunes plants forestiers) à l'automne et hiver 2019-2020. Une épaisse couche de matière organique a été répandue sur le sol et couverte par une bâche tissée sur environ 150 mètres linéaires. Le couvert herbacé occulté sous cet ensemble devrait être digéré par la faune du sol. Nous espérons ainsi trouver au moment de la plantation une terre meuble, nourrie, aérée.

Chantier à suivre avec les plantations de l’hiver...

3/ Les arbres meurent car ils sont mal entretenus
FAUX
La principale faiblesse du patrimoine arboré du Potager du Roi est son vieillissement naturel.
Les sujets les plus anciens du site ne datent pas de La Quintinie : ils datent des années 1880 et atteignent les 140 ans. Quelques-uns des arbres que La Quintinie avait plantés étaient encore visibles en 1806, avant d’être tous arrachés par ordre de Jean-Baptiste Lelieur, administrateur des Parcs, pépinières et jardins de la Couronne depuis 1804.
Il est par ailleurs utile de rappeler que les arbres plantés ont été utilisés dans un but productif, et présentent ainsi une durée de vie moindre qu’à l’état sauvage. Jules Nanot, professeur d’arboriculture fruitière et directeur de l’Ecole au début du 20ème siècle, écrivait que la durée de vie d’un poirier au Potager du Roi était de 70 ans (contre 300 à 350 ans à l’état sauvage) et celui d’un pêcher de 18 ans.
La combinaison de sujets âgés et de murs fragilisés, qui nécessitent une restauration préalable à la replantation et à la mise en place de formes fruitières sur le long terme, amplifie ainsi très clairement le sentiment de dégradation dans de nombreuses parties du jardin.
A noter qu’entre les années 1980 et le milieu des années 1990, sous l’École nationale supérieure d’horticulture, le nombre d’arbres a été divisé par deux. Un registre des arbres qui ont dû être arrachés, sans replantation, à cause de leur vieillissement ou d’une maladie, notamment le pourridié, a été tenu par Jacques Beccaletto.

Inventaire 2018
 
Essences Nombre d’arbres analysés (*) Séries devant être remplacées au plus vite Séries devant être remplacés d’ici 10 ans Séries ne nécessitant pas de remplacement
Age moyen % de la population totale Age moyen % de la population totale Age moyen % de la population totale
Poiriers 1 568 66 ans 42% 52 ans 20% 28 ans 38%
Pommiers 1 051 23 ans 4% 40 ans 38% 28 ans 58%
Cerisiers 16 - - 6 ans 12% 6 ans 88%
Pruniers 33 - - 13 ans 3% 13 ans 97%
Pêchers 55 11 ans 95%     8 ans 5%
Figuiers 10 - - - - 13 ans 100 %
Vigne 54 - - 13 ans 100 % - -
                   

 Ce que l’école a fait

Le programme de rajeunissement du patrimoine arboré se poursuit dans tous les espaces où l’intervention est possible :
 
  • Des formes de conduite nouvelles (haies diversifiées en port libre) ont été implantées le long des jardins Lelieur, dans le Cinquième des Onze (130 ml) et au niveau du jardin Duhamel du Monceau (voir projet ci-dessus).
  • Dans le Jardin Du Breuil, la mise en place sur la côtière ouest d’une alternance de deux variétés de figuiers, la Ronde de Bordeaux et la Dalmatie, a été réalisée. Sur la côtière est, la mise en place d’une haie mixte avec des noisetiers, de la bourdaine, du mahonia et du nerprun a été menée.
  • Les murs des terrasses du Levant et du Couchant du Grand Carré ont fait l’objet de plantations récentes avec des formes classiques (palmettes verticales). Sur chaque rampe, environ 65 mètres linéaires de plants de petits fruits ont par ailleurs été réalisés. Au total, 260 mètres linéaires de plantations ont été réalisés avec une alternance de pieds de goumi du Japon (fixateur d’azote), de pieds de cassissiers, de pieds d’arbousier, de pieds de groseilliers. Comme pour les plantations dans le Jardin Du Breuil, il est nécessaire de considérer ces plantations dans une rotation de longue durée avec la remise en place, à la suite des petits fruits, d’arbres fruitiers avec une forme basse (losanges et cordons unilatéraux).
  • L’introduction de 16 plants d’arbres et arbustes offerts par GIE Pépinières Franciliennes dans le jardin Le Nôtre, au printemps 2019, permet à l’équipe de jardiniers de tester des espèces et variétés (amandier, arbousier, cognassier du Japon, figuier, kaki, nashi, noisetier, sureau) pouvant s’adapter aux sols du Potager, à ses différentes expositions, à son climat, ainsi qu’aux méthodes de cultures actuelles.
4/ L’arrêt des traitements phytosanitaires, même bio, a été réalisé sur un « coup de tête » en 2014

FAUX
L’arrêt des traitements phytosanitaires de synthèse ou d’origine biologique sur le site du Potager du Roi a été progressif et raisonné dès le début des années 2000, avec des tests sur parcelles et le maintien de biostimulants.
L’arrêt des traitements a été planifié au vu de l’évolution du contexte environnemental, sociétal, économique et réglementaire, ainsi que des objectifs d’une plus large ouverture du site au public[1].

Témoignage de Jacques Beccaletto, responsable des cultures du Potager du Roi

« Initiées il y a déjà plusieurs années, nous avons réussi à passer de la lutte classique à la lutte raisonnée contre les maladies et les ravageurs.


Grâce à l’observation patiente et minutieuse des cycles des pathogènes et des ravageurs, nous avons mis en œuvre des stratégies de traitements préventives et curatives basées sur la combinaison de lâchage et d’accueil d’insectes auxiliaires, de piégeage et de confusion sexuelle, de pulvérisation de produits de synthèse spécifiques et non pas généralistes.

Ces méthodes ont permis de réduire le nombre de traitements des arbres fruitiers de plus de moitié par espèce (de 22 ou 23 à 10 ou 11, selon les années). Pour ce qui concerne les cultures légumières, l’essentiel des traitements nécessaires, et nous en faisons très peu, est effectué avec des produits agréés en culture biologique. Toutefois, dans quelques rares occasions, il peut nous arriver d’utiliser un produit de synthèse (pas plus d’une à trois fois par an). Dans tous les cas, la réglementation concernant les délais nécessaires avant la mise en vente est toujours respectée. Nous allons continuer sur cette voie.
Nous ne souhaitons pas nous convertir à la culture biologique dans le futur proche et cela pour des raisons liées à la conservation des formes fruitières historiques. Le grand chantier que nous abordons actuellement est celui de la gestion des plantes spontanées, les mauvaises herbes.

Je voudrais ici apporter une note personnelle. En 1969, quand je suis arrivé au Potager du Roi, l’entretien des 9ha était entièrement fait à la binette. Après deux ans passés entièrement au maniement de la binette, j’ai introduit l’utilisation des herbicides. C’est une des techniques qui a permis de faire face à la diminution constante du nombre d’heures de travail dans le Potager du Roi.

Aujourd’hui, et sans que la question de cette diminution du nombre d’heures soit résolue, nous – l’équipe des jardiniers du Potager du Roi – sommes en cours de réaliser le même changement dans la gestion des mauvaises herbes que nous avons déjà réussi pour les maladies et les ravageurs. À cette différence : cette nécessaire évolution des pratiques s’accompagne d’un changement général de l’aspect du jardin. Nous passons d’un jardin propre à un jardin moins propre, plus naturel.

Nous n’avons pas l’intention d’éliminer rapidement et totalement l’utilisation des herbicides, même si cela est un des objectifs à moyen terme. Nous utilisons, ou devrais-je dire, nous testons toutes les possibilités culturales et techniques pour faire baisser de manière radicale la quantité d’herbicides utilisée au Potager du Roi. Cela ne peut se faire sans l’aide de toutes les personnes impliquées dans la culture du Potager. »

J. Beccaletto, mars 2007

La loi Labbé de 2014 a interdit à partir du 1er janvier 2017 aux personnes publiques d’utiliser/faire utiliser des produits phytosanitaires de synthèse pour l’entretien des espaces verts, forêts, promenades et voiries (sauf pour des raisons de sécurité ...) accessibles ou ouverts au public. 
Si les produits phytosanitaires d’origine biologique, les produits de biocontrôle et les produits naturels peu préoccupants restent autorisés, des délais de ré-entrée sur parcelles (pouvant aller jusqu’à 48h) et des délais avant récolte (jusqu’à 14 jours pour la bouille bordelaise) s’appliquent pour les espaces traités. Le maintien de ces traitements au Potager du Roi impliquerait ainsi la fermeture du site aux visiteurs, de manière régulière, parfois soudaine (en fonction par exemple des conditions climatiques), en contradiction avec les ambitieux objectifs de développement de la fréquentation (100 000 visiteurs).
Au Potager du Roi, les traitements réalisés depuis la fin du 19ème siècle avec du sulfate de cuivre (bouillie bordelaise - traitement autorisé en agriculture biologique) contre les maladies fongiques ont abouti à des taux de cuivre dans le sol à la limite de la toxicité pour les plantes (en 2011, la concentration de cuivre a été mesuré à 82 mg/kg dans le coin sud-est du Grand Carré). La régénération des sols du Potager du Roi fait partie des priorités pour assurer la bonne conservation et transmission du bien.

5/ La taille fruitière, un patrimoine immatériel à maintenir sur le site et à transmettre

VRAI
Pour beaucoup d’experts et de producteurs de fruits, les formes fruitières et les techniques de taille qui leur sont nécessaires, n’ont plus aucune utilité économique aujourd’hui (voir De la taille à la conduite, par E. Leterme et J.-M. Lespinasse ou les articles scientifiques de Pierre-Eric Lauri). C’est une des raisons pour lesquelles les experts en taille fruitière, notamment sur la conduite de formes complexes, sont très peu nombreux en France.
Quelques-uns des savoir-faire pratiqués au Potager du Roi sont ainsi rares et extrêmement précieux. Certains des hommes qui y ont travaillé sont de véritables « patrimoines vivants ». Les cours d’arboriculture fruitière proposés par le département de la formation continue de l’École nationale supérieure de paysage connaissent dès lors un franc succès.
Les jardiniers du Petit Trianon du château de Versailles, en charge notamment du « potager de la Reine » (ne se visite pas – 3 jardiniers dédiés – 1ha - production exclusivement destinée aux tables du restaurant étoilé d’Alain Ducasse au Plaza Athénée), sont par exemple venus début 2019 mettre à jour leur pratique de la taille fruitière au Potager du Roi.
Deux raisons essentielles incitent à maintenir sur le site et à transmettre ce patrimoine immatériel :
  • la tradition culturelle et la valeur d’exemple : de nombreux lieux possèdent encore un patrimoine de formes fruitières à conserver et à entretenir ; les jardins potagers et fruitiers de châteaux sont les plus connus mais il existe aussi des jardins familiaux ou associatifs et des jardins de particuliers ;
  • la connaissance de l’arbre et la recherche : cette pratique est une démonstration de la compréhension de la physiologie de l’arbre, une compréhension qui est utile y compris pour des interventions sur le végétal ligneux, et c’est un objet de recherche en soi autour de la taille fruitière à l’ancienne (17ème, 18ème et première moitié du 19ème siècle) sachant que sa mise en pratique recèle un potentiel intéressant pour l’arboriculture fruitière urbaine d’aujourd’hui.

Ce que l’école a fait

LE CAMPUS D’EXCELLENCE ART ET PATRIMOINE

L’effort pour développer la formation des jeunes générations de jardiniers et encourager leur pratique fait partie des priorités de l’établissement. L’École nationale supérieure de paysage est ainsi partie prenante du tout nouveau Campus d’excellence art et patrimoine, Les Chantiers de Versailles, lancé cette année à l’initiative du Rectorat de l’Académie de Versailles en collaboration avec un ensemble d’acteurs, dont les universités de Cergy-Pontoise et de Paris Saclay, l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, la Région Ile-de-France, les Conseils départementaux des Yvelines et des Hauts-de-Seine et l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles. Le site du Potager du Roi constituera le site de formation pratique privilégié du pôle de formation des métiers de l’horticulture et des espaces paysagers du Campus.

Le partage d’expérience est également envisagé dans une logique de réseaux à l’échelle internationale que ce soit avec des jardins en Allemagne ou encore Mount Vernon, demeure du premier président américain aux portes de Washington DC.

Pour de plus amples information
ecole-paysage.fr
 
[1] Il est intéressant de rappeler que le Potager du Roi n’a accueilli ses visiteurs qu’au compte-goutte jusqu’à son ouverture généralisée au public en 1991. Porté par Michel Racine, architecte, urbaniste, paysagiste, auteur de nombreux ouvrages sur les jardins et le paysage et enseignant à l’École nationale supérieure de paysage, le projet d’ouverture au public de 1991 avait pour objectif une fréquentation de 30 000 visiteurs. Atteint aujourd’hui, l’objectif est désormais porté à 100 000 visiteurs, en lien avec les missions de valorisation du site auprès d’un large public.
 

source L'École nationale supérieure de paysage

Lien :http://www.ecole-paysage.fr/site/ensp_fr/index.htm

  • 0
    • j'aime
    • Qui aime ça ? »
  • 0
    • je n'aime pas
    • Qui n'aime pas ça ? »
  •  
 

Réagissez, commentez !

  • Aucun commentaire pour l'instant
rechercher un article, une vidéo...
Rechercher un TERRITOIRE ou un BLOG